Jean Merrien

    De son vrai nom René de la Poix de Fréminville, il est le fils de Charles et de Rachel Sylvestre de Sacy. Il est né le 3 Juin 1905, le dernier d'une famille nombreuse.
    Son père est un ingénieur connu (correspondant de Taylor en France), ingénieurs aussi son grand père et ses deux frères. Lui est un homme de lettres, sans aucun don pour le dessin (contrairement à beaucoup de Fréminville) mais poète et doué pour l'écriture. Ses études ne sont donc pas scientifiques (Sciences-Po).
    Charles ayant fait construire au Pouldu (Finistère) une villa pour sa belle-mère qui habitait la propriété de la Villeneuve à Quimperlé, René devient familier du monde de la mer et de la pêche. Il apprend à naviguer avec un pêcheur du Pouldu, Armand Le Delliou, sur "Courre Après", un misainier. Son service militaire dans la marine le conserve dans cette ambiance.
    Après un premier mariage avec Françoise Hannebicque, dont il a un fils, Hervé né en 1931, il rencontre à Cherbourg, durant la guerre, la fille d'un libraire, Gisèle Verschuere, qu'il épouse. Ils s'installent à Rennes où ils créent la 'Librairie de Bretagne', qui sera détruite par les bombardements. C'est là que naissent Gwénolé et Gildas, en 1944 et 1946. Sa seule fille, Marine, naît en 1948, à Nantes, où la famille s'est installée rue Henry IV, dans un bel appartement, avec un jardin qu'il entretient avec beaucoup de soin (il avait 'la main verte').
    En 1964 la famille part pour la Suisse, dans une maison au toit de bardeaux, à Fribourg. C'est là que son cœur fatigué s'arrête, dans le jardin, le 7 Juin 1972.

    De ses expériences professionnelles, je ne sais pas grand-chose, il n'était pas bavard sur ce sujet, je l'ai connu représentant en chocolat (super pour des enfants !) puis vivant de sa plume. Nous n'étions pas riches mais n'avons jamais manqué de rien.
    Un homme d'une culture immense, dont nous profitions à table. Un caractère pas facile. Une grande bonté. Aucun sens des affaires !
    Marin de plaisance, mot qu'il a peu à peu fait substituer à celui de yachting, qu'il détestait. Il a écrit une grande quantité de livres pour faire partager cette plaisance et créer une génération de marins pour le plaisir. Il a écrit aussi des romans et des nouvelles, même des romans policiers, qui l'amusaient beaucoup, et des livres pour la jeunesse.
    Historien, il a laissé des ouvrages importants sur la vie des marins, les corsaires, les navigateurs solitaires.
    Avec des architectes navals, il a créé la série des 'diables', bateaux à double quille, dont la robustesse et le confort s'alliaient avec la facilité d'échouage pour faire des croisières en Bretagne (et ailleurs !) un plaisir permanent. Le plus grand de ces bateaux mesurait 16,5 mètres. Nous avons navigué surtout avec un 'scorpène' de 10 m., un 'super scorpène' de 15 m. (quel merveilleux bateau), et "Scorpénic" un ketch de 9 m., épatant pour la croisière à deux. Ces bateaux furent fort décriés à l'époque, mais on voit toujours des 'biquilles' au salon nautique !
    Plaisancier, il eut de nombreux voiliers, des petits, des grands, des 'de régate' ... Le premier fut "Yvette". J'ai connu "Steredenn mor" un ancien pilote au gréement aurique, "Compagnon" un sinagot de 10 m. (sans moteur ...), et "Scorpénic". Nos nombreuses croisières d'été furent ensuite faites à bord de bateaux de 'clients', avec lesquels nous faisions le voyage vers leurs futurs ports d'attache (entre autres, deux fois le tour de l'Espagne).
    Il ne faut pas oublier "Petit farceur" un merveilleux petit sloup de 5 m., qui fut longtemps le bateau d'Hervé, et avec lequel j'ai aussi fait mes premières armes.
    Quant à Hervé, il nous a fait passer des moments inoubliables avec "Petit farceur 2" un 7 m. Cornu et "Harnic" un cotre de 12 m., un bateau absolument superbe.
    Je ne vous ferai pas mourir d'envie en vous racontant nos croisières en France, en Angleterre, en Espagne, au Portugal, en Italie, en Corse ... C'était parfois un peu dur, mais tellement enrichissant.

   J'ai pu discuter avec ces grands marins qui nous font rêver aujourd'hui, et l'un d'entre eux (Titouan Lamazou) m'a avoué que sans les livres de Jean Merrien il n'aurait peut-être pas fait tout ça. Quant à Yves Parlier il m'a dit avoir lu trois fois "Les navigateurs solitaires" ...

   Cela fait chaud au cœur de voir que l'oubli n'a pas encore étalé son triste manteau sur l'œuvre de son père.

Gwénolé de Fréminville

   Si la généalogie de la famille vous intéresse, elle est sur Geneanet.com.

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